Pédocriminalité dans l’Église en France : l’Inirr passe le relais à une nouvelle instance

L’Instance nationale indépendante de reconnaissance et de réparation (Inirr), créée en 2021 pour accompagner les victimes de violences sexuelles commises au sein de l’Église catholique, achève son mandat ce lundi 31 août. À partir du 1er septembre, elle cédera la place à une nouvelle structure baptisée « Renaître », une transition qui suscite déjà des réserves parmi plusieurs associations de victimes.
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Depuis mars 2022, l’Inirr a enregistré 1 924 demandes, selon sa présidente, Marie Derain de Vaucresson. L’instance avait été mise en place par l’épiscopat français dans le sillage du rapport de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (Ciase), publié en 2021. Ce rapport avait estimé à environ 330 000 le nombre de personnes ayant été victimes de violences sexuelles dans l’Église depuis 1950, dont une majorité durant leur minorité.

L’Inirr avait pour mission d’accompagner les victimes de faits commis dans les diocèses, en privilégiant une démarche fondée sur l’écoute, la reconnaissance et la réparation. Cette dernière pouvait prendre une forme symbolique, comme une demande de pardon ou la pose d’une plaque commémorative, mais aussi une forme financière, avec une indemnisation pouvant atteindre 60 000 euros.

« L’Inirr a été créée pour apporter une réponse quand aucune autre n’était possible », explique Marie Derain de Vaucresson, qui souligne l’importance accordée aux victimes dans le fonctionnement de l’instance.

Après une forte activité au début de son mandat, le nombre de demandes avait ralenti en 2024 avant de repartir à la hausse. L’Inirr a enregistré une progression de 35 % de son activité en 2025 et reçu 26 nouvelles demandes au cours des trois premières semaines d’août 2026.

Créée initialement pour trois ans, puis prolongée, l’instance n’acceptera plus de nouvelles demandes après le 31 août. Elle continuera toutefois à accompagner les dossiers déjà ouverts pendant une période pouvant aller jusqu’à 18 mois. Environ 150 à 160 personnes restent concernées par cet accompagnement.

Une nouvelle structure dès le 1er septembre

À compter du 1er septembre, les victimes pourront s’adresser à « Renaître », une nouvelle organisation présentée en mars par la Conférence des évêques de France (CEF). Celle-ci doit poursuivre l’accompagnement des victimes, notamment en matière de démarches restauratives et de réparation financière.

Selon la CEF, cette nouvelle organisation se veut indépendante. Les victimes seront d’abord accueillies par les cellules d’écoute des diocèses, avant d’être orientées, pour les démarches de réparation, vers un réseau national d’accompagnants constitué en organisme indépendant.

L’épiscopat présente cette évolution comme une continuité plutôt qu’une rupture avec le travail engagé par l’Inirr.

Mais cette transition ne convainc pas tous les collectifs de victimes. Michèle Le Reun-Gaigné, présidente du collectif Ampaseo, dénonce notamment la disparition d’un dispositif qu’elle considère comme indépendant et compétent. Elle redoute également des différences importantes dans la prise en charge selon les diocèses.

Le choix du nom « Renaître » est aussi critiqué par plusieurs associations de victimes, qui estiment qu’il ne correspond pas à leur expérience.

La CEF assure que ces critiques sont prises en compte par la nouvelle équipe chargée de mettre en place le dispositif.

Léon XIV attendu à Lourdes

Cette évolution intervient alors que la question des violences sexuelles dans l’Église reste au centre de l’attention en France. Le pape Léon XIV doit rencontrer des victimes le 27 septembre prochain à Lourdes, à l’occasion de son voyage en France.

Plusieurs dizaines de personnes ont demandé à participer à cette rencontre. Le nombre de victimes reçues sera toutefois limité. Leurs identités ne devraient pas être rendues publiques.

Selon la CEF, le pape souhaite avant tout écouter les victimes et leur permettre d’exprimer directement leur vécu, leurs attentes et leurs demandes.

La fin de l’Inirr ouvre ainsi une nouvelle étape dans le processus de reconnaissance et de réparation des violences sexuelles commises au sein de l’Église en France, avec l’enjeu de maintenir la confiance des victimes au cœur du nouveau dispositif.

Source : infochretiennes.com